Le syndrome douloureux  rotulien

 

Il  faut  l’évoquer chez  le sportif qui  se plaint d’une douleur de la face antérieure du  genou ou  des deux  côtés car  il  peut être bilatéral. Le plus souvent il  s’agit d’une jeune femme. C’est  un  ensemble de signes  cliniques bien  décrits par  les patients se traduisant  par une souffrance de l’articulation  fémoro-patellaire. Cette articulation  à l’avant du  genou  est  l’endroit où la rotule coulisse dans  une gorge osseuse du  fémur appelée la trochlée. Lors des flexions/extensions (replier et étendre la jambe) cet os triangulaire  (rotule ou  patella) est malmené dans ses déplacements sous l’action  de puissants muscles antagonistes de la cuisse que sont les quadriceps et les ischio-jambiers. Beaucoup  de sport sont incriminés : trail, course en haute montage, cyclisme,  aviron, haltérophilie, football, etc… Le syndrome douloureux  rotulien se manifeste à l’avant du  genou  tout autour de la rotule mais à des localisations  variables selon les sujets. Il  est déclenché par des gestes sportifs induisant une flexion  intense, répétée, sous l’effet de charges énormes parfois. Il  se produit alors  une inflammation  du  cartilage de la rotule lors de son  passage sur le fémur responsable d’une gêne douloureuse ressentie à la montée  ou  à la descente des escaliers, à l’accroupissement. Cette douleur s’accompagne souvent d’un  gonflement de l’articulation par sécrétion accrue de liquide synovial ( hydarthrose) bien  objectivée par le test du  choc rotulien ou  signe du  glaçon. On retrouve aussi  le signe du  cinéma en  position assise prolongée dès qu’on  retend  le  genou pour se lever par exemple la douleur rotulienne apparaît. L’examinateur (médecin ou  kiné) perçoit parfois  un craquement voir un accrochage rotulien lorsque le patient réalise un mouvement de flexion/extension (signe du  rabot). La palpation minutieuse de la rotule détermine précisément la localisation qui  peut être le long du  bord  interne de celle-ci, ou  autour de sa pointe  inférieure etc… Il  faut rechercher aussi des signes d’instabilité de cette articulation fémoro-patellaire : rotule hyper mobilisable dans  le plan frontal surtout vers l’extérieur,  rotule trop haute ou  dysmorphique ayant tendance à se sub-luxer,  mauvais alignement de celle-ci par rapport à l’axe de la cuisse (signe de la baïonnette) etc…

Mais  nous ne traiterons ici que du  syndrome douloureux rotulien sans déplacement,  ni instabilité des genoux car dans  ce cadre nosologique,  trop  de facteurs biomécaniques complexes entrent en jeu, et ces patients devront être orientés vers des spécialistes du  genou.

Le syndrome douloureux rotulien simple dont il  est question peut s’associer à une tendinite passagère rotulienne ou  quadricipitale, qui seront décelées à l’échographie. Les clichés radiologiques donnent beaucoup de renseignements sur les dysfonctionnements fémoro-patellaires. Ils permettent de voir la forme de la rotule ainsi  que sa position dans  la trochlée en vue axiale de 30° et 60°,  par contre le cartilage si  il est un  peu altéré, ne peut être visualisé qu’à  l’arthrographie et l’arthroscanner.

Concernant le pronostic de ce syndrome rotulien simple, il  sera différent selon  qu’il  s’agisse de sujets jeunes ou plus âgés. Pour les adultes jeunes le plus souvent il  s’agit d’un déséquilibre entre les chaînes musculaires antérieures et postérieures de la cuisse provoquant la plupart du  temps une hyperpression  externe de la rotule. Le kinésithérapeute saura y remédier en rééducation fonctionnelle et le podologue corrigera les appuis en  confectionnant des semelles orthopédiques. Pour les sujets d’âge  mûr, les surfaces du revêtement articulaire situées entre la rotule et la trochlée se sont dégradées, elles sont alors amincies et déformées,  on parle d’arthrose fémoro-patellaire. Le sportif de cet âge (50 ans et  plus) devra se reconvertir à  d’autres activités physiques moins traumatisantes pour ses genoux.

En  résumé, les rotules douloureuses  mais  bien  centrées dans  la  trochlée  correspondent à quatre  pathologies :

-          Le syndrome d’hyperpression  externe : nous  l’avons  vu la facette  externe de la rotule est soumise à  un  trop  fort contact sur la berge externe de la trochlée. L’évolution à long terme aboutirait vers une arthrose fémoro-patellaire si l’on n’entreprend pas des soins continus chez  soi et chez  son kinésithérapeute.

-          L’usure des cartilages de la rotule à  partir de la quarantaine surtout si  le genou a été soumis à  de nombreux  traumatismes au  cours de sports à  risque (sauts, rugby, sport de combat, football, etc…) conduit inéluctablement à une arthrose fémoro-patellaire grave.

-          La maladie de König (ostéochondrite disséquante)  rare affection nécrosant une zone de cartilage et de l’os de la rotule chez les jeunes de 13 à 15 ans. Le repos sportif et l’immobilisation solutionnent le problème pour les cas bénins.

-          Enfin  la patella bi partita,  anomalies constitutionnels les plus fréquentes de la rotule,  reçoivent  un traitement orthopédique et guérissent le plus souvent.

Conclusion : Dans tous les cas  ce syndrome douloureux de la rotule nécessite une analyse minutieuse de l’articulation fémoro-patellaire pour rechercher la cause du  conflit qui  provoque l’irritation et  l’inflammation ce qui  permettra ensuite au  kinésithérapeute et au  podologue d’adapter le traitement adéquat en rééducation  fonctionnelle et en orthopédie. D’autre  part, le patient devra ensuite entretenir la musculature de ses genoux par des exercices en  isométrie que lui  conseilleront les examinateurs.